Romance d'une vraie jeune fille


Ceux qui se sont offusqués à la vue des quelques scènes chaudes de Romance feraient bien de jeter un oeil à une des premières oeuvres de Catherine Breillat : Une vraie jeune fille.
Alice passe la majeure partie de l’année dans un internat. Arrivent les vacances scolaires d’été et l’adolescente doit rentrer chez ses parents, à la campagne. Rien ne l’ennuie plus que d’aller vivre deux mois dans cette ferme où il ne se passe rien et où les alentours sont déserts. L’ennui envahit totalement Alice si bien qu’elle s’invente des jeux éroto-amusants. Marcher avec la culotte sur les chevilles, uriner devant la porte de la maison, se masturber sur la voie de chemin de fer ou “s’enculer avec une bouteille” comme elle le dit elle-même. Tous les moyens sont bons.

Le premier et le dernier film de la réalisatrice évoquent sensiblement les même thèmes que l’on pourrait résumer en une idée : la sexualité féminine. Bien sûr, cela paraît plutôt ambitieux comme sujet car très vaste, très casse-gueule aussi, mais relativement inexploré au cinéma. Breillat ne se pose pas en donneuse de leçon, ni en masturbatrice intellectuelle.
Elle ne fait que relater des actes, des sentiments, des idées assez décousues mais certainement sincères et sûrement très personnelles.
Les détracteurs de Breillat lui en veulent car elle ose s’exprimer sur un sujet plutôt tabou. Ils se moquent car elle a déjà donné des interviews où elle tient des propos différents et incohérents. Mais si l’on regarde bien ses films, ses propos ne cherchent pas à tout expliquer, à tout analyser. C’est son point de vue. Elle se cherche elle-même encore aujourd’hui, cherche des explications sur la sexualité. Au fur et à mesure de ses découvertes, elle change certainement d’opinion et c’est pour ça qu’on lui en veut.
Elle a été maladroite aussi concernant la promotion de Romance, certainement sous la pression d’impératifs financiers, le mini-scandale (Caroline Ducet a-t-elle réellement couché avec Rocco ? Et ses frères au fait) avait alimenté les rumeurs si bien que tout le monde s’est précipité dans les salles noires pour voir l’engin de plus près.
A mon humble avis, pour apprécier Romance, mieux vaut faire fi de tout ce brouhaha complètement extérieur au film. Encore maladroitement, Breillat ponctue Romance de symbôles un peu gros. L’appartement d’un blanc immaculé du couple. Les ensembles que portent la femme sont aussi d’un blanc virginal. Ce milieu déshumanisé et froid se retrouve dans Une vraie jeune fille. Ici, il s’agit d’une campagne aride, désertique, d’une plage couverte de détritus et de cadavres de chiens. Ce milieu inconfortable permet aux jeunes femmes des deux films, de se centrer totalement sur leur corps, seule source de chaleur et de curiosités.

A l’occasion du festival 7 jours pour le 7ème art qui s’est déroulé à Colmar, Catherine Breillat est venue présenter deux films : Une vraie jeune fille et 36 fillette. Présenter est bien le mot puisque contrairement à la séance avec Zulawski et Marceau, la réalisatrice n’est pas restée pour dialoguer et débattre avec le public.
Pendant quinze minutes elle a tout de même expliqué dans quel contexte avait été fait ce film. Les productions se faisait à la pelle et il a pu se faire car il ne coûtait vraiment pas cher. Une équipe de seulement quatre personnes était mobilisée pour le tournage.
Evidemment lorsque les distributeurs ont vu l’objet, ils se sont auto-censurés et ce n’est que récemment, avec l’évolution des moeurs peut-être, que l’on a pu voir l’oeuvre.
Pendant la séance, quelques personnes se sont levées pour partir, vraisemblablement choquées par certaines séquences, plutôt crues il est vrai.

ous assistons donc au voyage intérieur de la jeune fille qui découvre ses désirs sexuels. Ceux-ci sont justement réprimés par le milieu où elle vit. Ses parents sont des beaufs, il n’y a guère d’activités à la ferme, et à priori pas de garçons. Alice se découvre, se cherche et met le doigt sur de nombreuses contradictions.
“ Je ne supporte pas la proximité de mon visage avec mon vagin”. Une réplique qui trouve un écho dans Romance : “On ne peut pas aimer ce con avec ce visage. Ce visage ne peut pas appartenir à ce con”, deux phrases qui en disent long sur les obsessions de Breillat. Les personnages ne s’acceptent pas et c’est la principale source de leurs problèmes.

Si les pénétrations de Baise-moi ont donné des sueurs aux censeurs et une baïonette de révolutionnaire aux auteuses, certaines scènes du premier film de Breillat sont autrement plus troublantes.
Alice, dans l’impossibilité de s’accomplir, se trouve des voies détournées pour trouver son plaisir. Comme dans Romance, elle éprouve une envie d’avilissement, de soumission. Elle fantasme donc que Jim l’a attachée sur le sable avec du fil de fer barbelé et qu’il essaye de lui enfiler un vers de terre dans le vagin. Sur la papier ça va encore mais Breillat tourne cette scène en gros plan et le vers n’a pas l’air d’être en image de synthèse, en animatronic ni même en caoutchouc.
Nous avons donc des scènes objectivement plus choquantes que dans Baise-moi et pourtant pour le film de Breillat, inédit en salles, point de scandale. Point d’intérêt financier non plus puisqu’il s’agit d’un petit film distribué dans les salles d’art et essai, qui n’a pas certainement pas besoin d’être rentable.

Alice n’assume pas encore ses désirs. Tantôt elle repousse les hommes, tantôt elle cherche à les séduire. Elle cherche à brûler à les étapes de l’adolescence, à se maquiller pour paraître plus mûre. Hélas pour elle, elle n’arrivera à attirer qu’un satyre exhibitionniste à la foire. Voilà quelques-unes de ses nombreuses aventures tordues que conte le film.

Ayant vu Une vraie jeune fille après Romance on pourrait croire que Breillat s’est plus retenue sur le deuxième. Ainsi avec Romance, elle livre au public quelque chose de plus accessible, plus édulcorée mais son propos est toujours aussi torturé et changeant.
Certes, Catherine Breillat n’expose pas une sexualité universelle, ni la plus commune. Son honnêteté brute et brutale rend ses réflexions assez puissantes. Les personnages ne sont que des gens qui ont du mal à se dépatouiller avec leurs désirs antogonistes et qui tombent un peu dans une sexualité déviante.
Mais je finirai par reprendre l’idée de Freud ou un autre psycho-chose qui disait que la sexualité en elle-même est une perversion, car il s’agit d’une profonde mutation de la nature d’un être, en l’occurrence d’une petite fille en vraie jeune fille.

J.S.