Réalisateur : Alejandro Amenábar
Origine : Espagne
Année : 1996
Durée : 2h10
Avec : Ana Torrent, Fele Martínez, Eduardo Noriega
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L’histoire
Angela, une jeune étudiante en cinéma veut faire une thèse sur la violence dans les médias. Elle contacte un élève fan de films gores, d’images de morts violentes réelles. Cet élève s’appelle Chema; il a un look de hardos, un t-shirt de cannibal holocaust et son appartement est un grand foutoir où les affiches de films d’horreur font office de tapisserie. Il regarde des choses interdites mais il ne semble pas méchant.
Elle demande également à son tuteur de lui chercher des images violentes à la cinémathèque de la fac. Ce dernier pénètre dans une réserve à l’écart des autres cassettes vidéos et prend une bande numérotée 001. Le vieux professeur meurt en la visualisant sur écran géant. Angela découvre le cadavre et dérobe la cassette.
La vidéo contient en fait un film snuff, qui met en scène une jeune fille se faisant torturer puis froidement assassiner. Chema mange des chips en regardant l’horrible vidéo qui retourne l’estomac d’Angela.
Les choses se compliquent lorsque le tandem se rend compte que la fille de la vidéo est en fait une étudiante de leur fac, qui avait disparu sans laisser de traces. Chema et Angela mènent leur enquête et vont de surprise en surprise...
Snuff 'n Bluff
Voilà un excellent film nous venant d’Espagne. Tesis joue sur plusieurs niveaux à la fois qui en font un chef d’oeuvre instantané. Globalement, c’est d’abord une réflexion sur la violence dans les médias. C’est ensuite un thriller, qui tourne au film d’épouvante (séquestration, assassinats bizarres, meurtrier en cavale, etc.). Enfin, le comble : Tesis nous fait souvent rire. Qu’un film puisse combiner toutes ces choses simultanément dénote une intelligence rare chez ce réalisateur nommé Amenabar.
Il sait installer une ambiance mystérieuse dès le début du film lorsque le professeur va chercher une vidéo dans un coin sombre et humide de la cave de la vidéothèque. On plonge immédiatement dans le vif du sujet et l’on reste en apnée pendant deux heures. La cave de la vidéothèque est un endroit lugubre qui sera au centre de quelques scènes proprement flippantes...
Chema, le personnage loufoque du film contrebalance l’état épouvanté dans lequel Angela se trouve. Il sait la réconforter dans des moments difficiles grâce à quelques vannes bien placées et un don particulier pour désamorcer la panique, la frayeur et l’horreur. Mais ce personnage a priori gentil va devenir l’un des nombreux suspects de meurtres atroces...
Assez naturellement, Angela finira devant la caméra dans un film snuff qu’elle est censée étudier. La surprise, c’est qu’elle arrive à se libérer mais que le réalisateur la séquestre une deuxième fois, faisant durer encore plus le suspense final. Quand yen a plus, yen a encore.
Si le film s'essouffle très légèrement après la première séquestration d’Angela, rarement on aura vu un scénario si malin et si touffu bien que très clair.
Les personnages
Les protagonistes de Tesis sont variés et attachants. Angela est la petite étudiante sensible et jolie.
Chema est le prototype même du fan de film d’horreur. Nous avons à faire également à un play-boy au comportement ambigu donc tout à fait intéressant. En effet, Bosco essaie de séduire Angela. Mais est-ce parce qu’il pense qu’elle en sait trop ou est-ce par véritable amour. Angela commence à flipper ne sachant plus trop qui croire. Elle passe par différentes étapes et finit par craquer pour Bosco. Du moins un temps.
Inventivité
Un tas de petites idées jalonnent le film et le rendent passionnant. La scène du tunnel avec les allumettes est jubilatoire et aussi très effrayante. Dans l’obscurité totale, Angela et Chema n’ont que des allumettes. Nous les suivons ainsi pendant un bout de temps : 20 secondes dans la lumière, 5 secondes dans le noir, 20 secondes dans la lumière, etc. Une alternance entre l’obscurité, la lumière, le rire, l’épouvante, une scène anthologique!
Nous avons droit également au début à la rencontre de Chema et d’Angela en caméra subjective. Chacun écoute son Walkman. Angela a de la musique classique et Chema du hard rock. Le réalisateur alterne les points de vue et la musique avec. Un délire de réalisation tout à fait génial.
La question
Plus sérieusement, le réalisateur se demande s’il existe un public pour ce genre de films ultra-violents que sont les snuff. Avec une habileté exceptionnelle, il dose parfaitement les scènes violentes de son film. lI nous oblige ainsi à répondre à sa question : veut-on voir la chose ou pas? A vous de voir. Le film débute d’ailleurs par cette question. Angela sort du métro et apprend qu’un homme s’est jeté sous la rame. Il gît coupé en deux sur les rails. Angela s’approche pour voir. De plus en plus. Elle a l’envie morbide, la curiosité d’aller voir le mort. Amenabar joue avec nous grâce à ce suspense malsain; il nous teste. Finalement et ironiquement, on ne voit absolument rien du cadavre!
Mais à cette question, il apporte déjà une partie de réponse lors de la scène finale. Le film snuff va être diffusé à la télé. Bien sûr, l'hypocrisie de celle-ci fait prononcer à la présentatrice : “Attention, nous avons peine à vous montrer ces images, cela pourrait choquer la sensibilité”...et bla et bla.
Puis vient le plan terrible qui nous plonge en pleine méditation. Nous parcourons les couloirs de l’hôpital. Dans toutes les chambres, les gens sont branchés sur la même chaîne et sont tous prêts à regarder le film snuff. L’avertissement est clair : attention au pouvoir de l’image qui peut facilement se transformer en machine à tuer grâce à l'audimat. Retournons donc à nos films gores d’antan aujourd’hui moins violent que le journal de 20 heures...
Autre films ayant pour sujet les films snuff :
Témoin Muet où une jeune fille assiste au meurtre sanglant d’une actrice de X. Ici, le snuff n’est qu’un prétexte pour un suspense joliment emballé par Anthony Waller.
Vidéodrome où James Woods a des problèmes de cerveau lorsqu’il visionne un programme dérangeant et bizarre tout à fait spécial.
Sous la direction de Maître Cronenberg, ce film n’a pas pris une ride. Son message en devient de plus en plus puissant vu que la télé n’a jamais eu autant de succès qu’aujourd’hui.
Un dossier à propos du snuff sur le site de lumiere.org
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